Les origines

Estampe de Bagelaar (1817)

Comme expliqué dans l' historique du village, l'existence de Saive est attestée depuis au moins le IXe s. puisque le village est cité en 895 dans la « Chronique des Évêques de Toul ». Nous savons aussi qu'une sépulture mérovingienne (vers 700) fut exhumée en 1911 lors des travaux d'élargissement du sentier d'accès au château mais qu'il faut cependant attendre le XIIIe s. pour trouver une trace écrite du château (Précisément en 1279, dans l'acte de fondation de la paroisse de Saive). Nous pouvons en déduire que la construction du château en pierre tel qu'on peut encore en voir une bonne moitié aujourd'hui, débuta vers le milieu du XIIe siècle.

La résidence des seigneurs de Saive

Vue d'ensemble du côté Nord (fin du XIXe s.)

Le premier personnage historique du village s'appelle Jean de Jupille. Il était chanoine de la cathédrale Saint-Lambert de Liège mais surtout le fondateur de la paroisse de Saive (1279). Pourtant ce devrait être son père, Wéry de Jupille, qui joua le rôle essentiel dans la construction du château. Ayant la garde d'une partie de l' ancien domaine carolingien de Jupille, il en aurait profité pour se l' accaparer, fonder une seigneurie et y bâtir ou à tout le moins, agrandir le point de défense local pour en faire une forteresse redoutable.

L' histoire du vieux château de Saive va se conjuguer ensuite avec celle de la Principauté de Liège dont il était l'une des places fortes.
Durant le XIVe s., la famille Charneux succéda à celle de Jupille. Le premier de la lignée fut Gilles de Charneux (chevalier et signataire de la Paix de Fexhe en 1316).
Ensuite vinrent : Frambach de Birgel (1416-1438), Arnold de Hoemen (1433-1451) puis Adam de Harff (1451-1458).

Le donjon et sa toiture, côté Ouest (fin du XIXe s.)

La famille Ryckel racheta la seigneurie en 1458. A partir de cette époque, toute la région eut à souffrir de la guerre civile qui dévasta la Principauté. Jean de Ryckel se mit au service du sinistre Guillaume de La Marck dit "Le Sanglier des Ardennes". Celui-ci, durant de longues années (fin du XVe s.), nargua le pouvoir des princes-évêques. Pendant quelque temps son frère Everard de La Marck occupa le château redevenu forteresse de première importance (propriété de Adam de Clermont à l'époque). Il s'en servit comme camp retranché pour ses partisans. Le nouveau prince-évêque Jean de Hornes, après l'exécution de Guillaume de La Marck (1485) exigera la destruction de toutes les forteresses autour de Liège, dont Saive (1487), destruction heureusement partielle comme nous pouvons encore le constater aujourd'hui.

Le puits et la tour de la chapelle
(avant 1890)

Les troubles apaisés, Arnold de Clermont releva la seigneurie (1508) et la vendit à Josse Colloise (Connu pour avoir développé l'exploitation de la houille notamment à Saivelette).
En 1590 arriva Mathieu de Monsen. Personnage hors du commun, il fut poursuivi toute sa vie par des prétendants à la seigneurie, dont Gérard de Fléron. Suite à de véritables luttes armées entre les deux camps, la forteresse saccagée dût être en partie reconstruite.
Vers 1620, le donjon fut rénové de fond en comble (Nouveaux planchers, fenêtres, charpente et toiture mais surtout rehaussement avec ajout des quatre échauguettes aux angles supérieurs). Mathieu de Monsen, mortellement blessé en 1622, vivra reclus dans son donjon jusqu'à sa mort (1629).

Pierre sculptée en haut de la face sud du donjon

Son frère Denis de Monsen, n'eut guère plus de chance que lui. Il fut assassiné en 1632. Sa veuve, Aldegonde Motmans, acheva les travaux du donjon vers 1640 et continua la lutte contre les anciens rivaux de son beau-père. Le château et le village eurent encore à subir en 1636 le passage de troupes françaises.
Son fils, Denis de Monsen (II) réussit enfin à faire la paix avec tous ses ennemis. C'est à lui que l'on doit la reconstruction de la ferme castrale vers 1652 sur une partie des remparts de la basse-cour en réutilisant certaines pierres du château. La famille Monsen poursuivit l'amélioration de l'économie du village durant le XVIIe siècle. Appréciés des villageois, ils apporteront la prospérité. Le dernier Denis de Monsen, mort en 1670, est enterré dans le chœur de l'église St-Pierre de Saive sous une belle pierre tombale.

L'abandon et la ruine

La haute-cour toujours ceinturée de ses murs. Côté Sud (fin du XIXe s.)

En 1692, la seigneurie de Saive fut vendue à Jean Ernest de Méan (chanoine de Saint-Martin à Liège). La famille Méan se fera construire un nouveau château (le château des comtes de Méan) en Cahorday et délaissera l'ancien (pourtant acquis par Pierre de Méan en 1729). Celui-ci cherchera à louer le vieux château en publiant une petite annonce dans le journal « L’Élite des Nouvelles » mais il ne trouvera malheureusement pas d'amateur.

Vers le milieu du XIXe siècle, les propriétaires (Baronne de Copis) viendront récupérer les rares éléments décoratifs encore en état (Entre-autres, les manteaux de cheminée du donjon, dont l'un fut remonté en 1885, dans un autre château familial à Hun par Annevoie). La belle et haute toiture du donjon s'écroulera en 1895, victime de la foudre.

Le devenir

La ferme et l'accès sud vers le village. © IRPA-KIK

Journées du Patrimoine 2008 - Visites guidées

En 1971, le donjon fut classé comme monument et le reste des ruines comme site, grâce au dynamisme de l' ASBL « Le Vieux Saive ». Seule la ferme, exploitée durant 105 ans par la famille Volders, restera en activité jusqu'au départ de Georges Volders, son dernier exploitant (1986).

Deux campagnes de fouilles archéologiques furent menées au château : La première en 1976, dirigée par Marcel Otte, professeur à l' ULg et la seconde de 1989 à 1991, toujours par l' ULg (Pascal Depaepe) et l'Association pour la promotion archéologique du Pays de Herve.

Le site a été acquis en 1987 par M.et Mme Herrmann. Ces férus d' histoire ancienne ont entrepris de rénover l' ancienne ferme et ses dépendances patiemment et avec brio.
En 2008, des bénévoles passionnés et motivés ont créé l' ASBL "Les Compagnons du Vieux Château" qui s'active depuis à sauvegarder et promouvoir les ruines du vieux château.

Sources :
Edouard Poncelet, La seigneurie de Saive, extrait du Bulletin de l'institut archéologique liégeois - tome XXII, 1891
Adrien Valentiny, La seigneurie de Saive, mémoire de Licence ULg, 2006