Description des ruines

Le perron liégeois

Le donjon et la chapelle

Cet ensemble, pur exemple de château-fort médiéval, avait une importance stratégique considérable, étant situé en territoire liégeois face au duché de Brabant. Sa construction sur un éperon rocheux barré dominant la vallée de la Julienne garantissait sa défense et lui offrait un contrôle visuel très étendu.
Son donjon, haut d'une vingtaine de mètres, lui donnait un aspect de forteresse imprenable. Une haute-cour carrée disposée en avant de celui-ci était protégée par deux enceintes renforcées de plusieurs tours et d'un donjon-porche surmontant l'accès original de la forteresse à l'Est.
Pour améliorer encore la défense du château, un fossé artificiel avait été creusé du côté Sud (ferme actuelle) et un plan d'eau occupait l'angle Sud-Est. Les côtés Nord et Ouest pouvaient compter sur l'escarpement rocheux naturel pour dissuader tout assaillant d'approcher de ces côtés.

Le donjon

Les faces Sud et Est du donjon en 2010

L'élévation Est vers la haute-cour en 2010

Pièce maîtresse du patrimoine local, le vieux donjon de Saive semble avoir toujours existé sur son promontoire, dissimulé jusqu'il y a peu sous une végétation dense et sauvage. Pourtant que de transformations n'a-t-il pas subi durant ses huit siècles d'existence !
A l'origine, il devait s'y trouver une simple tour en bois, plus belvédère qu'élément de défense lorsque le lieu n'était qu'un refuge au milieu d'une zone infestée de pillards et de brigands. Puis vers le XIIe siècle, le maître des lieux remplaça le bois par la pierre et débuta l'édification du donjon actuel en utilisant le grès houiller local et le bois des forêts environnantes. Il lui donna une forme carrée de 10 mètres de côté et construisit des murs de fondation de deux mètres d' épaisseur. Une cave disposant d'un accès extérieur du côté Sud fut d'abord bâtie au point le plus bas du plateau rocheux. Ensuite une vaste salle équipée d'un grand feu ouvert surmonta celle-ci. Au niveau de la haute-cour, une nouvelle porte permit l'accès à cette première salle et à l'escalier construit dans l'épaisseur du mur Est. Celui-ci donnait accès aux appartements du châtelain et de sa famille (un ou deux étages). Enfin, une toiture simple à quatre pans ou des hourds en encorbellement furent posés en haut du bâtiment en y aménageant très certainement un poste d'observation idéal pour surveiller toute la région environnante.
Dès le XVe s., de premiers remaniements vont apparaître. Les ouvertures anciennes (meurtrières, archères) vont progressivement être élargies. Des ajouts décoratifs en pierre (calcaire de Meuse) seront insérés notamment au niveau des encadrements de portes et des angles de la tour (chaînages).

Le conduit de cheminée en brique à l'intérieur du donjon

Les portes palières côté Est

Mais c'est principalement entre 1620 et 1640 (après la mise à sac du château lors des rivalités entre Mathieu de Monsen et Gérard de Fléron) que le donjon va subir une rénovation complète pour lui donner son aspect actuel. Ne conservant que les murs extérieurs, le seigneur va renouveler tous les planchers (Une voûte en briques sera posée au-dessus de la cave). La grande cheminée en pierre sera remplacée par un conduit en briques et recevra deux nouveaux manteaux de cheminée en pierre. La tour sera rehaussée et agrémentée des quatre échauguettes d'angle si caractéristiques du château de Saive. Une haute toiture pyramidale à quatre pans brisés en pavillons viendra couronner le tout. La plupart des fenêtres seront également agrandies et décorées de pieds-droits en pierre calcaire.
Pour signer cette vaste entreprise, des pierres armoriées en tuffeau ou calcaire de Meuse (blasons de Mathieu de Monsen et de Anne de Wesemael, son épouse) seront encastrées en haut des quatre faces de la tour. Seules deux demeurent aujourd'hui (Ouest et Sud). Celle de la façade Sud est surmontée d'une forme curieuse représentant un coeur supporté par deux mains, elle-même dominée par un perron liégeois.
Bien plus tard, suite au départ des derniers occupants, le donjon sera en partie démantelé (poutres, manteaux de cheminées, encadrements calcaires). La vaste toiture en piteux état s'écroulera peu avant la fin du XIX s., victime de la foudre, entraînant les restes de planchers intérieurs dans sa chute.
La ruine du donjon est classée comme monument depuis juin 1971.

Les remparts

L'alcôve de l'angle Nord-Ouest de la haute-cour

Deux des ouvertures rythmant le rempart Nord

La voûte de la tour ronde

Trop souvent, on imagine que le donjon demeure le seul vestige encore debout du vieux château de Saive. Il n'en est rien. Allons à la découverte du reste de la forteresse.
Le donjon occupe un des angles de l' ancienne haute-cour. Autour de celle-ci se dressent encore aujourd'hui, une partie des remparts de la première enceinte et deux tours très différentes, l'une ronde et l'autre carrée.
Mais commençons par l'étrange petite alcôve creusée dans l'épaisseur du rempart Nord juste à l'angle Nord-Ouest de la cour. Elle daterait du XVe s. et serait les latrines du château. Au-dessus, au premier étage du donjon, une grande baie devait donner accès à un chemin de ronde aujourd'hui disparu qui surmontait le rempart. Cet angle Nord-Ouest de la haute-cour fut occupé au XVIIe s. par une cuisine équipée d'une petite cave en sous-sol.
D'autres ouvertures ou bouches à feu sont disposées le long du mur Nord. Certaines sont toujours équipées d' archères parfaitement conservées remontant probablement au XIIIe s.
La présence de trous de boulin (mortaise conçue pour recevoir un madrier) sur la face extérieure fait penser que ce rempart aurait pu être surmonté de hourds (plate-forme en bois servant aussi bien de chemin de ronde que de poste de tir).
A l'angle Nord-Est, une tour ronde défendait les courtines Nord et Est grâce à des archères disposées latéralement bien en avant des murs. Cette tour abrite une petite salle surmontée d'une belle voûte en briques du XVIIe s. A sa droite débute le rempart Est plusieurs fois transformé. Au XIIIe s., il était percé de deux poternes (porte dans une muraille).

La tour de la chapelle

La tour de la chapelle, vue d'ensemble (2013)

La tour de la chapelle (2011)

Construction assez rare dans nos régions, cette tour carrée de 7m de côté, surmontait au XIIIe s. le porche d'entrée du château.
Constituée d'au minimum deux niveaux, elle était desservie par un escalier construit dans l'épaisseur du mur Nord. Une archère placée en haut de la première volée permettait de surveiller les allées et venues à l'extérieur de la haute-cour. Vers le XVe s., la face arrière (Est) fut murée et de premiers ajouts (chaînages d'angles) furent réalisés.
Enfin, l'ancien accès (la salle du bas) fut converti en chapelle seigneuriale vers la fin du XVIIe s. C'est de cette époque que datent les éléments en briques et pierres calcaires qui comblent en partie l'ancien porche.
Au XIXe s., on pouvait encore admirer au premier étage une belle fenêtre à meneaux et une curieuse cheminée en brique suggérant une dernière transformation de la partie supérieure de la tour en habitation. Aujourd'hui fortement dégradée, elle nécessiterait une intervention conséquente pour la stabiliser.

Le puits du château

La margelle du puits et son toit avant démontage

Sur la gauche de la tour de la chapelle, se cache le puits du château. D'un diamètre de 1,20m, il est toujours entouré de sa margelle en pierre. Il fut creusé dans le rocher (schiste houiller carbonifère) jusqu'à une profondeur de 23m (le niveau de l'eau se situe à 15m environ).
Des spéléologues le fouillèrent sans grands résultats en 1989 constatant uniquement un évasement à sa base et un affouillement des parois dû aux arrivées d'eau relativement importantes à cette profondeur.
L'eau du puits continua à être utilisée, notamment pour la fabrication du beurre, par la famille Volders jusqu'au début des années 1950 !

Les fouilles archéologiques

Fouilles 1989-90 - Haute-cour

La Tour S-E dégagée ( 1993)

Toute la partie Sud de la haute-cour est manquante. Heureusement, deux campagnes de fouilles ont été menées sur le site pour tenter, entre-autres, de reconstituer cette partie des fortifications.
La première campagne date de 1976 et fut dirigée par Marcel Otte, professeur de l' Université de Liège (ULg) et auteur de l'étude de référence sur le site de Saive. Elle mit au jour une petite cave sous l'ancienne cuisine.
La seconde campagne (de 1989 à 1991) organisée toujours par l' ULg assistée de l'Association pour la Promotion Archéologique du Pays de Herve, fut plus instructive. Elle dégagea les fondations d'une deuxième tour ronde (accouplée à une troisième plus petite), une partie du pavement de la haute-cour ainsi que de plusieurs murs de clôture appartenant à la partie Sud du site. Elle permit l'ébauche d'une première reconstitution de la forteresse du XIIIe siècle.

Les courtines Est et Nord

Le rempart Est de la première enceinte (2011)

La tour ronde de l'angle Nord-Est (2011)

Suite au dégagement du site entamé en 2008 par les bénévoles de l'ASBL « Les Compagnons du Vieux Château », il est maintenant possible de découvrir la face extérieure de la première enceinte, notamment la courtine Est et l'arrière de la tour de la chapelle. La trace de l'ancien porche d'entrée du château, sur le mur Est de cette tour, est maintenant bien visible, de même que les contours des deux poternes placées de part et d'autre de cette tour et également rebouchées.
La face extérieure de la tour ronde dans l'angle Nord-Est et le rempart Nord, aujourd'hui remarquablement nettoyés et consolidés, font prendre conscience de la robustesse de ce château-fort tel qu'il devait se présenter autrefois, surtout si l'on considère qu'il manque une partie importante de l'élévation supérieure des murs et leur couverture éventuelle sous forme de hourds en bois. N'oublions pas qu'une seconde enceinte dédoublait la première vers la vallée et le plateau Est. Cette enceinte extérieure est aujourd'hui fortement dégradée, ayant servi de carrière pour les habitations avoisinantes.

La tour ronde de l'angle N-E et le nouvel escalier (2013)

Le raccord courbe de la première enceinte (Nord) avec le donjon (2013)

Signalons que cette seconde enceinte était, à l'origine, percée également de plusieurs portes donnant accès au plateau Est. Une poterne en partie murée et surmontée d'un arc en plein cintre est encore bien présente près de l'angle N-E de la haute-cour. Elle devrait remonter à la deuxième phase d'aménagement du château (vers le XVe s.). Cette phase eut pour but le renforcement de la protection de ce côté très exposé (dominé par la colline) par la fermeture de l'ancienne entrée Est, la nouvelle étant déplacée vers le côté Sud (ferme), en direction du village.

Le chemin d'accès actuel en contrebas du rempart Est, fut creusé en 1905. Précédemment, la zone était occupée par d'autres défenses (tours et remparts) dont il ne reste plus aujourd'hui que quelques pans de murs.

Sources :
Marcel Otte, Et. archéologique et historique sur le château médiéval de Saive, Extrait du BIAL, t.LXXXIII, Musée Curtius - Liège, 1971
Otte, Callut & Engen, Rapport préliminaire sur les fouilles au château de Saive, in E.R.A.U.L.,t. VIII, 1978, pp. 1-15.
Depaepe Pascal, Fouilles au Vieux Château de Saive, campagne de 1989-1990, in B.S.R.V.L. n°259, t.XII, 1992, p.345 -366.