Les origines

Le village et le château de Saive au XIXe siècle
Détail de l'église Saint-Pierre

Jusqu'au milieu du XIIIe siècle, Saive ne disposait que d'une modeste chapelle dépendant de l’église de Jupille. Cette antique entité paroissiale, basée sans doute sur l'ancien domaine carolingien de Jupille s’étendait sur une vaste circonscription englobant notamment Embourg, Chaudfontaine, Micheroux, Grivegnée et l’actuelle paroisse de Saint-Remacle au Pont, dans le quartier d’Amercoeur à Liège.

La présence de cette chapelle implantée au lieu-dit « Le Mosty » (mot dérivé du latin « monasterium » et du vieux français « Moutier » signifiant justement monastère ou chapelle) démontre l'existence d'une communauté villageoise déjà bien vivante en un lieu qui vers le XIIIe siècle, était le centre d'une seigneurie allodiale dont l'origine est inconnue. L'attribution du patronage à saint Pierre serait également une preuve de son importance.

La chapelle était desservie par le curé de Jupille qui, pour venir y célébrer la messe, devait emprunter des chemins réputés difficiles et dangereux. C'est probablement une des raisons qui décidera le chanoine de Saint-Lambert, Jean de Jupille, dont la famille possédait un grand nombre de biens à Saive, à créer une paroisse distincte. Notons au passage, que la famille de Jupille est probablement à la base de l'édification du château féodal de Saive (le vieux château).

Fondation de la paroisse

Le 1er septembre 1279, le prince-évêque Jean d’Enghien promulgue une charte décrétant la séparation de la chapelle de Saive de l'église-mère de Jupille. La nouvelle paroisse aura son curé, ses fonts baptismaux et sera dotée généreusement par Jean de Jupille, son fondateur. Elle relèvera de l’autorité de l'archidiacre du Condroz et du Doyen de Notre-Dame d’Aix-la-Chapelle, qui sera le collateur de la paroisse (celui qui nomme le curé) et aussi le décimateur (celui qui perçoit la dîme).
Suite à ces nouvelles attributions, l'ancienne petite chapelle va certainement bénéficier de premiers travaux d'agrandissement.

Le territoire de la paroisse correspondait à peu de choses près, aux sections B et C du cadastre primitif et il variera peu durant l'ancien régime. Il est à noter qu'il ne se superposait pas exactement aux limites de la seigneurie de Saive. En effet, le hameau de La Motte, dépendant à l'origine de la seigneurie de Herstal puis de Wandre, sera intégré à la paroisse de Saive de même que Rabosée et indirectement, Parfondvaux (plus tardivement). Inversement, le hameau de Saivelette restera lié à la paroisse de Saint-Remy.

reconstruction de l'église

Dessin de l'église de Saive au XIXe siècle

En 1670, la vieille église menace ruine. Sa démolition et la construction d'une nouvelle sont jugées nécessaires.
Le projet est mené par le curé Arnold Guillaume Mariette et les fabriciens Pierre Froidmont, Arnold de Fléron et Henry Bartholomé, sous l'autorité du seigneur de l'époque, Denis de Monsen.
Un prêt est sollicité. C'est le R.P. Godefroid Froidmont, chanoine en la collégiale Sainte-Croix de Liège, qui avancera l'argent que les paroissiens devront rembourser dans les 10 ans. Le chœur et la nef sont terminés en 1698 (Visite de l'Archidiacre du Condroz, le 21 septembre 1698).
La tour prendra plus de temps. Le millésime «1710» gravé sous le buste de saint Pierre, placé au-dessus du porche d'entrée, pourrait correspondre à l'année de son édification. Finalement le prêt sera remboursé en 1719, date à laquelle on peut penser que les travaux sont achevés.

Une sortie de messe vers 1900

Vers le milieu du XIXe siècle, des transformations conséquentes sont menées à l'intérieur de l'édifice. L'ancien plafond plat de la nef est remplacé par une voûte en berceau (bois et stucage) réalisée en entaillant les fermes de la charpente (suppression de certains entraits, remplacés par des tirants métalliques), ce qui aura des conséquences graves sur la stabilité de la toiture, 150 ans plus tard (voir travaux de restauration). Un chemin de croix polychrome sera également disposé de part et d'autre de la nef.

Le XXe siècle

L' intérieur de l'église vers 1930

Les trois autels et la nef après une procession (1982)

Les trois autels et la nef après une procession (1982)

L'église va subir des dégâts lors de l'invasion allemande en 1914 (suite au bombardement des forts voisins). Il faudra d'urgence remplacer une grande partie de la couverture de la nef en 1915.
Par la suite, plusieurs remises à neuf de l'intérieur vont changer les décors et mobiliers. Les principales interventions remontent aux années 1928/29 durant lesquelles seront réalisées des peintures murales (certaines sur toiles marouflées au plafond) ainsi que des dédicaces notamment dans le chœur.

Vers 1935/36, les murs stuqués recevront des dessins en trompe-l’œil, imitant de faux appareillages de pierre et enfin à la fin des années 1960, suite aux directives de sobriété et de dépouillement dictées par le concile de Vatican II et sous le pastorat de l’abbé Malherbe, l'intérieur sera repeint dans un ton beige uniforme (y compris le chemin de croix) et certaines peintures murales (dans le chœur notamment) seront recouvertes. C'est à cette époque que le chauffage par le sol sera installé et un nouveau mobilier (bancs, autel) réalisé et posé sur un plancher.

En 1979, sous le pastorat du curé Renier, la paroisse célèbre fastueusement les 700 ans de son existence (voir les photos ci-contre). Une plaque commémorative est apposée à droite de l'entrée.

L' intérieur en 2001

L' extérieur en 2004

 

En 1984, l'église est classée comme monument.

En 1995, l'état critique des toitures et leurs charpentes, impose la fermeture immédiate de l'église. La situation est sérieuse. Des études complexes de stabilisation et restauration sont entamées début des années 2000. Les travaux étant de grande ampleur et très coûteux, Il est décidé de les mener en plusieurs phases. Ainsi en 2004, commence la phase de stabilisation de l'édifice par la consolidation des charpentes et la restauration de tout l'extérieur. Le nettoyage des façades et la pose d'une nouvelle toiture en ardoises va rendre à l'église son lustre d'antan. Le clocher remis à neuf retrouvera même en 2011 le chant des cloches, réduites au silence depuis plus de 20 ans.

De 2013 à 2014, la deuxième phase de réfection du bâtiment est réalisée. Elle concerne essentiellement l'intérieur par la pose d'une nouvelle voûte en bois et le rafraîchissement des décors fortement abîmés au fil des ans.

Sources :
Edouard Poncelet, La seigneurie de Saive, extrait du Bulletin de l'institut archéologique liégeois - tome XXII, 1891
Georges Abraham, Histoire de la paroisse de Saive, asbl"Les Compagnons du Vieux Château", 2010
Atelier d'architecture Alain Delchef, Restauration de l'église de Saive (2001-2014)

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