LES ORIGINES, LA FAMILLE MEAN

Charles de Méan
Palais provincial de Liège (façade sud)

A l' origine, le site implanté en bordure de la seigneurie de Saive était occupé par une simple métairie. Celle-ci fut acquise au début du XVIIe s. par Pierre de Méan (échevin de Liège, Commissaire déciseur à Maestricht) issu d' une des familles bourgeoises les plus en vue de Liège. Il y adjoindra un premier pavillon et une tour.
Son fils Charles de Méan, seigneur d' Atrin, bourgmestre de Liège, Juriste-consulte renommé et Conseiller du prince de Liège, développa sa propriété de Saive. Il fut anobli par l'empereur Ferdinand III pour services rendus au pays en 1648.
Son descendant, Jean-Ernest de Méan (chanoine de Saint-Martin) acquit la seigneurie de Saive le 12 novembre 1692.

Gravure de Remacle Leloup (Détail)
Les délices du pays de Liège - Sauméry

Son neveu, Pierre de Méan, après avoir hérité du domaine en 1719, entreprit de reconstruire la demeure pour en faire le château actuel. En conservant une partie de l'ancienne métairie, il bâtit une nouvelle aile en forme de « L » magnifiée par une façade nord imposante.
En face de cette façade, fut tracé un grand parc à la française illustré par Remacle le Loup dans le recueil : « Les délices du Pays de Liège » de Sauméry (1744).En 1745, Pierre de Méan reçut le titre de comte.
A peine achevé, le château subit déjà le passage répété de troupes étrangères durant la guerre de Sept Ans (1741-1748).

Le prince-évêque de Méan (1792-1794)

Le 6 juillet 1756, naquit au château de Saive, François-Antoine-Marie-Constantin de Méan. Il fut d'abord Évêque d'Hippone puis son oncle, le prince de Hoensbroeck, le choisit comme suffragant du diocèse de Liège. A la mort de ce dernier, il fut élu prince-évêque (1792). Hélas pour lui, la révolution grondait et il ne garda que deux ans ce titre. Qu'à cela ne tienne, après ces années troublées, il fut choisi par le roi Guillaume de Hollande comme nouvel archevêque de Malines en 1816. Décédé en 1831, il aura donc été le dernier prince-évêque de Liège et le premier primat de la Belgique indépendante (Voir sa biographie en annexe).

Le cimetière familial de Xhos en Condroz

Déserté dés 1794 par la famille Méan (réfugiée en Allemagne, à Erfürt), le château fut plusieurs fois pillé tant par les troupes des royalistes que celles des républicains (les fameux sans-culottes guère appréciés dans nos campagnes). Pour conclure sur cette famille, il est intéressant de savoir que le dernier du nom, Eugène-François de Méan, après avoir été chambellan du roi des Pays-Bas fut membre du Congrès national (de la nouvelle Belgique) en 1830.

LA FAMILLE PIRQUET ET LES SOEURS

La plus ancienne photo connue de la façade principale (fin du XIXe s.)

Dans la première moitié du XIXe siècle, le château est donné en location à la famille Pirquet, proche des derniers princes-évêques. Pierre Pirquet, le plus connu (baron de Cesenatico), fut un grand militaire et conseiller intime de l'Empereur d'Autriche (Sa signature figure au bas de l'acte de mariage de Léopold II avec l'Archiduchesse d'Autriche). Le souvenir de cette famille restera vivace durant des décennies chez les habitants du village au point de renommer leur résidence, le château Pirquet. Le caveau familial est adossé à la sacristie de l'église du village.

Le château du temps des soeurs (vers 1910)

Au début du XXe siècle, la comtesse d'Oultremont de Duras née baronne de Copis, descendante de la famille Méan, donna en location le château à des religieuses venant de France (les Moniales de la Sainte Famille). Elles le transformèrent en maison de retraite pour religieuses. Trente religieuses décédèrent au château et furent inhumées dans le cimetière paroissial de même que leur aumônier, le Père Aucheron. Elles le quittèrent en 1917 pour s'installer dans des communautés des environs.

LA LONGUE AGONIE

Emile et Adrien Rassenfosse dans les prairies devant le château. (v. 1940)

Vue de la ferme attenant et le porche d'entrée (v.1950)

Après avoir été occupé par les Allemands en 1918, il fut mis en location entre les deux guerres. Dans les années trente, la défense nationale débuta la construction d'une vaste caserne au beau milieu de l'ancien parc.
Réquisitionné par les troupes belges en 1940 puis américaines en 1944, le château accueillera des familles déplacées jusqu'en 1961.
Malheureusement le manque d'entretien et l'abandon progressif du corps de logis principal conduira à l'état de ruine actuel.

Seule la ferme attenante demeura en activité. Elle est toujours occupée par la famille Rassenfosse, locataire depuis 1833 !
A partir de 1980 et durant de nombreuses années, la cour du château et les prairies alentour accueilleront la "Fête à la Ferme" organisée par le comité des Jeunes de Saive.

LE DEVENIR

La rue Cahorday et l'aile ouest du château (1977)

En 1975, une proposition de classement du bien fut acceptée par la commune de Saive. La province, elle, la refusa. La Défense Nationale déclina également une offre d'achat du château. Celui-ci fut pourtant classé le 20 septembre 1977 (Façades, toitures et la salle de bal du deuxième étage).

La façade Nord en 1979

En 1978, les pouvoirs publics s'inquiétèrent de l'état déplorable du bâtiment (surtout des risques qu'il faisait courir aux passants de la rue Cahorday). Mais rien n'y fit et la toiture de la tour ouest s'effondra en juillet 1986.

Début des années nonante, quelques travaux de mise hors eau du château furent réalisés. En 2001, Le bien fut repris sur la liste des bâtiments en péril dont la gestion dépendait directement de l'Institut du Patrimoine wallon. Il en sera retiré le 5 septembre 2002.

Pose de la toiture provisoire sur l'aile Nord du château (2013)

Depuis quelques années, l' avenir de cette vieille demeure est à nouveau au cœur des préoccupations des descendants des anciens propriétaires. Courageusement, ils tentent de faire revivre ce patrimoine trop longtemps délaissé. Puissent les pouvoirs publics les soutenir pour qu'enfin ce château retrouve son lustre d'antan.

En 2010, "Les Compagnons du Vieux Château" y ont organisé de mémorables "Journées du Patrimoine" qui ont permis de faire re-découvrir ce patrimoine remarquable. (Voir ci-contre la vidéo et les panneaux de l'exposition)

Sources :
Pierre Lambert Sauméry, Les délices du pays de Liège, Everard Kints - Liège, 1743
Edouard Poncelet, La seigneurie de Saive, extrait du Bulletin de l'institut archéologique liégeois - tome XXII, 1891
Dominique De Smets, Historique, relevé et avant-projet de réaffectation du château de Méan - Mémoire ISALL, 1994
Georges Abraham, Promenade historique à Saive - Notes de Toponymie et d'Histoire, 2ème édition, Blegny-Mine, 1996