L'EXTERIEUR

Vue aérienne (angle sud-est) vers 1980

Construit sur les hauteurs de Cahorday, tout à côté du domaine de « La Motte » et de son château de Bellaire, cet ensemble hétéroclite est composé de deux parties assez distinctes. D'une part, l'ancienne métairie et ses dépendances qui occupent encore aujourd'hui trois des quatre côtés de ce grand quadrilatère et d'autre part, le château qui clôt le côté Nord. Au centre, une vaste cour pavée est précédée d'un porche dont l'accès original se faisait par un passage bordé de plans d'eau aujourd'hui disparus.

L'ancienne métairie (2002)

Les différentes ailes du château sont réalisées en briques et pierre calcaire (de Meuse). Seule la métairie possède dans sa partie la plus ancienne, des pierres en grès houiller au niveau des encadrements de baies dont certaines étaient jadis à croisée.
Sa construction pourrait remonter au milieu du XVIIe s. Les maçonneries sont décorées en partie haute d'une frise dentée sur denticules interrompue par de petites ouvertures. Les toitures assez pentues, sont percées de bâtières à coyaux et couvertes d'ardoises posées sur pointe.

Cour intérieure, façade Sud du château (1943)
© IRPA-KIK

La façade nord en 2010

Le château proprement dit, dont l'édification débuta probablement vers 1720 est en forme de « L » et occupe la partie Nord de la cour.
Sa façade Sud est percée de baies à piédroits harpés et à seuils brisés ainsi que de deux portes latérales à intrados cintré avec perron d'entrée.
Au milieu de cette élévation, entre les baies du rez, est creusée une étrange niche en pierre calcaire étonnamment travaillée. Au-dessus de celle-ci, une autre pierre est sculptée des blasons des familles Méan et Waha et soulignée du millésime « 1731 » (qui pourrait correspondre avec l'achèvement du château).

L'extérieur des différentes ailes ne présente qu'un intérêt limité à l'exception notable de l'imposante façade Nord, remarquable composition architecturale toute à la gloire du maître des lieux.
Celle-ci s'étend sur 9 travées et 3 niveaux percés de grandes baies encadrées de pierre calcaire . Elle est flanquée de deux tours carrées aux angles harpés et terminées par une toiture en pavillon et lanterneau à cloche (La toiture Ouest s'est effondrée en 1986). Le deuxième étage de l'aile centrale se distingue par ses fenêtres à linteau bombé et clé centrale ajourant les combles de la toiture mansardée.

En son centre, un avant-corps peu saillant est encadré de pilastres et présente trois baies terminées par un arc en plein cintre donnant accès au vestibule du château. Au premier étage, une étrange loggia placée en encorbellement n'est autre que la chapelle ou l' oratoire privé du comte. A l'origine, un grand ostensoir accroché à celle-ci marquait la présence de cette curieuse excroissance. Un balcon étonnement accroché au-dessus de la loggia prolonge la salle de bal du deuxième étage.
Enfin, par dessus cette composition originale, un large fronton semi-circulaire termine cette façade.

L'INTERIEUR

Aphrodite, déesse de l'amour
Panneau de gauche du vestibule d'entrée (v.1975)

L' intérieur a fortement souffert du poids des ans.
Au rez-de-chaussée, un salon richement décoré servait de vestibule. Celui-ci est agrémenté de beaux lambris peints attribuées à Walthère Damery (peintre liégeois du XVIIe s.), représentant des figures de la mythologie grecque.

La niche de l'ancien oratoire.
Grand salon du 1er étage.

Détail d'une console de la voûte.
Salle de bal du 2ème étage.

Le sol est (était devrait-on dire) recouvert de carreaux de marbre et les plafonds entièrement stuqués et peints. Sur le coté Ouest, un vaste escalier carré donnait accès aux différents niveaux de ce bâtiment. Un plafond peint aux armes des familles de Méan et de Waha couronnait ce beau volume.

Au premier étage, dans la pièce centrale (Grand salon) se dissimulait l'intrigante petite chapelle dont on devine encore la place de l'autel. Ce salon devait être, comme la plupart des pièces du château, décoré de lambris en bois en partie basse. Les murs étaient probablement ornés de tapisseries (voir les tapisseries du musée d'Ansembourg, ci-contre) et les plafonds stuqués et polychromes. Les couloirs se terminaient de part et d'autre du bâtiment par de grandes baies donnant sur un balcon clôturé de fers forgés. Au deuxième étage, sous un plafond mansardé en forme de dôme, se trouvait la salle de bal, dont les grandes baies devaient offrir une vue magnifique sur le parc. Tout ce dernier niveau est entièrement voûté à l'allemande.

Le domaine s'étendait vers le Nord sous la forme d'un grand parc à la française comme le montre assurément le dessin de Remacle Leloup. Depuis la fin des années 1930, une caserne à l'avenir aujourd'hui bien incertain, occupe les lieux.

LES PIERRES ARMORIEES

Le blason aux armes de Charles de Méan et de son épouse (v.1975 - détruit)

A droite du porche d'entrée donnant accès à la cour intérieure, sur le mur Ouest des anciennes étables, se trouve une pierre gravée fortement abîmée. Elle était à l'origine, décorée des blasons de Charles de Méan (1604-1674) et de son épouse Jeanne van der Heyden à Blisia (†1672). Le millésime "1660" était apposé sous ces armoiries. Malheureusement des infiltrations d'eau conjugées à l'action du gel ont fait éclater la pierre dont il ne reste plus aujourd'hui que la partie supérieure.

Armoiries de la famille Méan : D'argent à un arbre de sinople sur une terrasse de même, à une aigle déployée de sable, becquée, membrée de gueules, couronnée d'or brochant sur le fût de l'arbre et tenant dans ses serres une tringle d'or.

Le blason aux armes de Pierre de Méan et de son épouse Hélène, Jeanne de Waha (2010)

Armoiries de la famille Van der Heyden à Blisia : D'argent à trois huchets de gueules, virolés et enguichés d'or, l'embouchure à dextre. Le huchet en pointe supportant dans sa courbe trois fleurs de bruyère mal ordonnées de gueules, tigées et feuillées de sinople

Au milieu de la façade Sud du château donnant sur la cour intérieure et au-dessus de l'étrange niche, est insérée une deuxième pierre armoriée parfaitement conservée. Elle présente les blasons du futur comte Pierre de Méan (1691-1757) et de son épouse Hélène, Jeanne, Catherine de Waha (†1776) ainsi que le millésime "1731" que l'on peut supposer être la date d'achèvement du château.

Armoiries de la famille Waha : De gueules à l'aigle d'hermine, becquée et membrée d'or.

Fronton nord - Armes de Pierre de Méan et de son épouse Hélène, Jeanne de Waha 2010)

Cependant, l'élément le plus remarquable de cette vieille demeure se situe à l'extérieur, au sommet de la façade Nord du château. Il s'agit du vaste fronton semi-circulaire richement décoré terminant l'élévation de l'avant-corps central. A la gloire du châtelain, il démontre à lui seul, la richesse originale de ce bâtiment.
Entre des motifs végétaux, un aigle s'élève de la couronne comtale à 9 perles en agrippant les écus supportés par deux griffons portant une bannière aux lettres « JIL » sous une couronne impériale (Léopold Imperator ?). Au milieu, sont représentées les armoiries de Pierre de Méan et d' Hélène, Jeanne de Waha (Le même ensemble que sur la deuxième pierre décrite précédemment mais en bien plus grand !).
Petite parenthèse amusante ; Pierre de Méan ne deviendra comte qu'en 1745, soit bien après la fin de la construction du château (v. 1731). Il était visiblement sûr de son affaire !

Sources :
Pierre Lambert Sauméry, Les délices du pays de Liège, Everard Kints - Liège, 1743
Edouard Poncelet, La seigneurie de Saive, extrait du Bulletin de l'institut archéologique liégeois - tome XXII, 1891
Le patrimoine monumental de la Belgique - Wallonie - volume 8 t-1, Pierre Mardaga, 1980
Héraldique :
François Beaujean et Charles Demars, Atlas Héraldique de la Basse-Meuse, Tome I, S.R.A.H.V. Musée Régional de Visé, 2001
Recherches bibliographiques (tapisseries d'Ansembourg) :
Olivier Borsus, documentaliste, Université de Liège (BST)